Cocher la case “mode daltonien” dans les options d’un jeu, et croire que le problème est réglé : c’est la réaction la plus commune, et la plus optimiste. Dans les faits, ce réglage va du très bien pensé au simple filtre qui ne change strictement rien à ce qui compte vraiment en jeu.

Ce qu’un mode daltonien est censé résoudre

Le vrai problème dans un jeu vidéo n’est pas de “voir moins de couleurs”. C’est de distinguer des informations de gameplay qui ne sont encodées que par la couleur : l’équipe adverse en rouge contre la mienne en bleu, une jauge de munitions qui passe au orange quand elle est faible, une alerte qui clignote en vert sur la mini-carte.

Un mode daltonien bien conçu ne “corrige” rien, exactement comme des lunettes de correction du daltonisme ne corrigent rien à proprement parler. Il sépare mieux des couleurs qui, sinon, se confondent complètement pour moi (typiquement rouge et vert, ou certaines nuances de marron et de vert). Le principe reste toujours le même : soit décaler les teintes vers des zones du spectre que je discrimine bien, soit remplacer purement et simplement le code couleur par autre chose.

Les bons élèves : quand le studio a vraiment testé

Certains jeux ont clairement fait l’effort de comprendre le problème avant de coder une solution.

Overwatch 2 propose trois réglages distincts : protanopie, deutéranopie, tritanopie. Ce n’est pas un détail. Un daltonien protanope et un daltonien deutéranope ne confondent pas les mêmes teintes, un filtre unique “spécial daltonien” ne peut donc pas convenir aux deux à la fois. Le fait que Blizzard propose ces trois options séparément montre qu’ils ont compris que le daltonisme n’est pas une case binaire.

Apex Legends et Fortnite vont plus loin en s’attaquant à la vraie cause : ils ajoutent des indicateurs qui ne dépendent plus de la couleur du tout. Contours de personnages, icônes de rareté d’objet, symboles sur les jauges. Une fois ces éléments en place, le mode daltonien devient presque superflu, l’information passe déjà par la forme.

Les mauvais élèves : le filtre cosmétique

À l’opposé, beaucoup de jeux se contentent d’un filtre global qui désature ou reteinte l’écran entier quand on active l’option. Le résultat est souvent pire visuellement, sans rien résoudre au fond : les deux couleurs qui se confondaient avant le filtre continuent de se confondre après, juste avec une esthétique différente.

Le signe qui ne trompe pas : si le mode daltonien change l’ambiance générale de l’image sans jamais mentionner de formes, icônes ou contours dans son descriptif, il y a de fortes chances que ce soit un filtre cosmétique qui n’améliore pas la distinction réelle des éléments de jeu.

Ce qui marche vraiment, avec ou sans mode daltonien

Dans la pratique, les réglages les plus utiles ne portent souvent même pas l’étiquette “daltonisme” :

  • Personnaliser les couleurs d’équipe manuellement, quand le jeu le permet, plutôt que de subir la palette par défaut
  • Activer les contours de personnages (souvent une option d’accessibilité séparée)
  • Réduire les effets visuels superflus (flou de mouvement, effets de particules) qui rendent les distinctions de couleur encore plus difficiles dans le feu de l’action
  • Augmenter le contraste général de l’affichage, un réglage qui aide indépendamment du type de daltonisme

Ces réglages, combinés ou non à un vrai mode daltonien, font souvent plus de différence qu’une case à cocher isolée.

Tester en 5 minutes si le mode d’un jeu te convient

Avant de se fier à l’étiquette “accessibilité daltonisme” d’un jeu, une vérification rapide suffit : activer l’option, puis se placer volontairement dans une situation où deux éléments de couleurs différentes doivent être distingués rapidement (deux joueurs d’équipes adverses côte à côte, une jauge proche du seuil critique). Si la distinction reste difficile après activation, ce n’est probablement qu’un filtre cosmétique. Si un contour, une forme ou une icône est apparu là où il n’y en avait pas avant, le studio a fait le travail.