Pendant longtemps, j’ai caché mon daltonisme en entretien. Ma logique : pourquoi risquer de planter un signal d’alarme dans l’esprit d’un recruteur ? Mieux valait aborder le sujet une fois le poste obtenu.

J’avais tort. Voici pourquoi.

L’instinct initial : cacher

Le raisonnement paraît défensif mais sensé : le recruteur pourrait imaginer des adaptations nécessaires, des situations impossibles, une productivité réduite. Certains métiers semblent a priori incompatibles avec le daltonisme. Autant ne pas prendre de risque.

Le problème, c’est que ce raisonnement surestime la connaissance qu’ont les recruteurs du daltonisme — et sous-estime les avantages de la transparence.

Les raisons de le mentionner

Capter l’attention

Les entretiens s’enchaînent vite pour un recruteur. La plupart des candidats se présentent avec les mêmes formules, les mêmes tournures. Mentionner qu’on est daltonien interrompt ce schéma. Ça crée une surprise, puis une curiosité. Et une curiosité, c’est une porte ouverte.

Illustrer des qualités concrètes

Vivre avec un daltonisme développe des capacités réelles : logique de compensation, adaptabilité, attention aux indices non-chromatiques (formes, textures, positions, étiquettes). Ce sont des qualités professionnelles — mais elles n’ont de valeur dans un entretien que si on les raconte.

Une anecdote vécue sur une situation où le daltonisme a forcé à trouver une solution créative vaut mieux qu’un point de CV générique.

Se démarquer

Parmi dix candidats aux profils similaires, celui qui mentionne un daltonisme et en fait quelque chose d’intéressant reste dans les mémoires. Environ 1 homme sur 12 est daltonien : le recruteur connaît probablement quelqu’un dans cette situation, ce qui crée un point de connexion humain.

Montrer sa préparation

Si le poste implique des situations potentiellement liées aux couleurs (graphisme, terrain, logistique), avoir anticipé la question et proposé des adaptations démontre une rigueur et une proactivité rares. C’est exactement ce que cherchent les recruteurs.

Détendre l’atmosphère

Un entretien est un exercice de performance sociale souvent tendu. Amener un sujet léger, personnel et un peu inattendu peut décomprimer la situation et rendre la conversation plus authentique pour les deux parties.

Ce que ça a changé pour moi

Après avoir adopté cette approche ouverte, mes entretiens ont changé de texture. Les questions sur le daltonisme ont toujours mené à des échanges intéressants — sur la perception, sur l’adaptation, parfois sur des expériences personnelles du recruteur.

Je n’ai jamais eu l’impression que le révéler m’a coûté un poste. En revanche, il m’a clairement aidé à me distinguer dans des processus de sélection serrés.

Une nuance importante

Tout cela vaut pour les métiers où le daltonisme n’est pas un critère légal d’exclusion. Pour certaines professions réglementées (conduite de trains, pilotage commercial, certains postes militaires), la question ne se pose pas de la même façon — les critères sont définis réglementairement, indépendamment de l’entretien.

Pour tous les autres : la transparence a, dans mon expérience, beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients.