Le daltonisme touche environ 8 % des hommes et 0,45 % des femmes dans le monde. Mais pourquoi cette différence si marquée entre les sexes ? Et peut-on prédire si un enfant sera daltonien ?
Le daltonisme est génétique, pas acquis
Contrairement à certains troubles de la vision des couleurs qui peuvent apparaître avec l’âge, le diabète ou certaines maladies, le daltonisme classique est d’origine génétique et congénitale. On naît daltonien ; on ne le devient pas.
Cette distinction est importante : il existe des dyschromatopsies acquises (qui affectent la vision des couleurs à la suite d’une maladie ou d’un traitement), mais elles sont différentes du daltonisme héréditaire dont il est question ici.
Les gènes en cause : une histoire de chromosome X
Les formes les plus courantes de daltonisme — les déficiences rouge-vert — sont liées aux gènes codant les pigments des cônes rouges et verts. Ces gènes se trouvent sur le chromosome sexuel X.
Voilà pourquoi la répartition entre hommes et femmes est si asymétrique.
Chez les femmes (deux chromosomes X) :



Pour être daltoniennes, elles doivent avoir le gène défectueux sur les deux chromosomes. Avec un seul chromosome X sain, la vision des couleurs est normale — mais elles sont porteuses et peuvent transmettre le gène.
Chez les hommes (un seul chromosome X) :

Un seul gène défectueux suffit à provoquer le daltonisme, car le chromosome Y ne porte pas de gène compensateur.
C’est ce mécanisme qui explique pourquoi les hommes sont environ 16 fois plus souvent daltoniens que les femmes.
L’exception : le daltonisme bleu-jaune
Le gène codant les cônes bleus se situe sur la paire chromosomique 7, pas sur les chromosomes sexuels. La tritanopie (absence de cônes bleus) et la tritanomalie (dysfonctionnement partiel) touchent donc autant les hommes que les femmes. Ces formes restent très rares : elles représentent moins de 0,12 % des cas de daltonisme.
La transmission héréditaire
Le schéma de transmission dépend du type de daltonisme et de la situation des parents. Pour le daltonisme rouge-vert (le plus courant) :
Père sain, mère non daltonienne non porteuse :

→ Aucun fils daltonien, toutes les filles porteuses saines
Père sain, mère porteuse :

→ 50 % de fils daltoniens, 50 % de filles porteuses
Père daltonien, mère porteuse :

→ 50 % de fils daltoniens, 50 % de filles daltoniennes (et 50 % de fils sains, 50 % de filles porteuses)
Ces probabilités permettent, connaissant la situation des parents, d’estimer le risque pour un futur enfant — sans toutefois le prédire avec certitude.
Peut-on être daltonien sans le savoir ?
Tout à fait. Le daltonisme rouge-vert, en particulier sous forme d’anomalie partielle (deutéranomalie ou protanomalie), peut passer inaperçu pendant de nombreuses années. Les personnes concernées compensent souvent inconsciemment, en se fiant à d’autres indices (luminosité, contraste, contexte) pour distinguer les couleurs.
Ce n’est souvent qu’à l’école, lors d’un test médical ou face à une situation spécifique — lire une carte en couleur, trier des câbles électriques — que le trouble est découvert.