Le daltonisme touche environ 8 % des hommes et 0,5 % des femmes — un chiffre généralement établi sur des populations nord-européennes, à nuancer à l’échelle mondiale (voir Qu’est-ce que le daltonisme ?). Mais pourquoi cette différence si marquée entre les sexes ? Et peut-on prédire si un enfant sera daltonien ?
Le daltonisme est génétique, pas acquis
Contrairement à certains troubles de la vision des couleurs qui peuvent apparaître avec l’âge, le diabète ou certaines maladies, le daltonisme classique est d’origine génétique et congénitale. On naît daltonien ; on ne le devient pas.
Cette distinction est importante : il existe des dyschromatopsies acquises (qui affectent la vision des couleurs à la suite d’une maladie ou d’un traitement), mais elles sont différentes du daltonisme héréditaire dont il est question ici.
Les gènes en cause : une histoire de chromosome X
Les formes les plus courantes de daltonisme — les déficiences rouge-vert — sont liées aux gènes codant les pigments des cônes rouges et verts. Ces gènes se trouvent sur le chromosome sexuel X.
Voilà pourquoi la répartition entre hommes et femmes est si asymétrique.
Chez les femmes (deux chromosomes X) :



Pour être daltoniennes, elles doivent avoir le gène défectueux sur les deux chromosomes. Avec un seul chromosome X sain, la vision des couleurs est normale — mais elles sont porteuses et peuvent transmettre le gène. Dans certains cas, une porteuse développe même un quatrième type de cône plutôt qu’un déficit.
Chez les hommes (un seul chromosome X) :

Un seul gène défectueux suffit à provoquer le daltonisme, car le chromosome Y ne porte pas de gène compensateur.
C’est ce mécanisme qui explique pourquoi les hommes sont environ 16 fois plus souvent daltoniens que les femmes.
L’exception : le daltonisme bleu-jaune
Le gène codant les cônes bleus (OPN1SW) se situe sur la paire chromosomique 7, pas sur les chromosomes sexuels. La tritanopie (absence de cônes bleus) et la tritanomalie (dysfonctionnement partiel) touchent donc autant les hommes que les femmes. Ces formes restent très rares, de l’ordre d’une personne sur 10 000 à 30 000 selon les études.
Leur transmission suit aussi une autre règle, dite autosomique dominante : un seul exemplaire modifié du gène suffit, qu’il vienne du père ou de la mère. Avec une nuance : ce gène ne s’exprime pas chez tous ceux qui en héritent (on parle de pénétrance incomplète), et la sévérité varie beaucoup au sein d’une même famille.
La transmission héréditaire
Le schéma de transmission dépend du type de daltonisme et de la situation des parents. Pour le daltonisme rouge-vert (le plus courant) :
Père daltonien, mère non porteuse :

→ Aucun enfant daltonien, mais toutes les filles sont porteuses saines
Père sain, mère porteuse :

→ 50 % de fils daltoniens, 50 % de filles porteuses
Père daltonien, mère porteuse du même type :
→ 50 % de fils daltoniens et 50 % de fils sains ; 50 % de filles daltoniennes et 50 % de filles porteuses
Père deutéranope, mère protanope :

→ Tous les fils sont protanopes, comme leur mère. Aucune fille n’est daltonienne : chacune reçoit un X protan de sa mère et un X deutan de son père, et chaque chromosome apporte le pigment qui manque à l’autre. Elles sont en revanche porteuses des deux types.
Pour le daltonisme bleu-jaune, la règle ne dépend pas du sexe : un parent tritan transmet le gène à chaque enfant avec une probabilité d’une chance sur deux.
Calculer la probabilité pour un enfant
Ces schémas couvrent les cas les plus fréquents. Le calculateur ci-dessous combine toutes les situations, y compris une mère dont on ignore si elle est porteuse et le daltonisme bleu-jaune. Il donne une probabilité, pas une prédiction.
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Peut-on être daltonien sans le savoir ?
Tout à fait. Le daltonisme rouge-vert, en particulier sous forme d’anomalie partielle (deutéranomalie ou protanomalie), peut passer inaperçu pendant de nombreuses années. Les personnes concernées compensent souvent inconsciemment, en se fiant à d’autres indices (luminosité, contraste, contexte) pour distinguer les couleurs.
Ce n’est souvent qu’à l’école, lors d’un test médical ou face à une situation spécifique — lire une carte en couleur, trier des câbles électriques — que le trouble est découvert. Un test en ligne permet d’avoir une première indication en quelques minutes.


