« Le daltonisme, c’est une histoire d’hommes. » Cette phrase revient régulièrement, et elle contient une part de vérité statistique — mais c’est aussi une idée reçue qu’il faut nuancer. Les femmes peuvent tout à fait être daltoniennes.

Les chiffres

Environ 8 % des hommes présentent une forme de daltonisme rouge-vert. Chez les femmes, ce chiffre tombe à 0,5 % — soit environ une femme sur 200.

La différence est réelle et significative, mais elle ne signifie pas que le daltonisme est exclusivement masculin.

Pourquoi cette asymétrie ?

Tout se joue dans la génétique. Les gènes codant les cônes rouges et verts se trouvent sur le chromosome sexuel X.

  • Les femmes ont deux chromosomes X. Pour être daltoniennes, elles doivent porter le gène défectueux sur les deux X en même temps. Avec un seul chromosome X fonctionnel, la vision des couleurs est normale — même si elles peuvent transmettre le gène à leurs enfants.

  • Les hommes n’ont qu’un seul chromosome X. Si ce chromosome porte un gène défectueux, il n’y a pas de « copie de secours » : le daltonisme se manifeste.

Des schémas valent mieux qu’un long discours :

Configurations chromosomiques possibles chez les femmes

Configurations chromosomiques chez les hommes (à titre comparatif)

C’est exactement pour cette raison qu’une femme porteuse (un seul gène défectueux) ne voit pas les couleurs différemment, mais peut avoir des fils daltoniens.

Une idée reçue historiquement construite

Le premier article scientifique sur le daltonisme a été publié par John Dalton en 1798. Le test d’Ishihara — le plus utilisé pour le dépistage — a été créé en 1917 :

Planches du test d'Ishihara

Et c’est seulement en 1986 que les chercheurs ont confirmé que les gènes responsables se situent sur le chromosome X :

Représentation de l'hélice ADN

Dans les premières décennies de dépistage médical, les tests étaient surtout pratiqués dans des contextes professionnels — armée, marine, aéronautique — qui étaient à l’époque presque exclusivement masculins. Les femmes y étaient si peu représentées qu’on a fini par croire qu’elles n’étaient pas concernées.

Les différentes situations d’hérédité

Quelques exemples de ce que la génétique peut produire :

Mère daltonienne + père sain

Schéma : mère daltonienne, père sain

→ Tous les fils seront daltoniens. Toutes les filles seront porteuses saines.

Mère porteuse + père sain

Schéma : mère porteuse, père sain

→ 50 % de fils daltoniens, 50 % de fils sains. 50 % de filles porteuses, 50 % de filles non porteuses.

Mère daltonienne + père daltonien (même type)

Schéma : mère et père daltoniens

→ Tous les enfants, filles et garçons, seront daltoniens.

Conclusion

Le daltonisme est moins fréquent chez les femmes, pas impossible. Et une femme porteuse saine joue un rôle actif dans la transmission générationnelle du trouble, même si elle ne le perçoit pas elle-même.

Si vous êtes une femme et que vous avez des doutes sur votre vision des couleurs, un test chez l’ophtalmologue peut répondre à la question en quelques minutes.